Le rapport du HCST sur la désaffection envers les sciences

Le rapport du HCST sur la désaffection envers les sciences

Comment lutter contre la désaffection des jeunes envers les études scientifiques ? Le phénomène touche tous les pays développés. Il est caractérisé non seulement par la baisse du nombre d’étudiants dans les filières supérieures scientifiques mais aussi par l’absence totale de parité : les filles sont écartées de ces filières. Ses conséquences risquent d’être lourdes puisque les économies modernes consomment un nombre croissant de scientifiques.

A la demande du ministre, le Haut conseil de la science et de la technologie, un organisme créé en juin 2006 pour " éclairer le Chef de l’Etat et le Gouvernement sur toutes (...) les grandes orientations de la nation en matière de (...) recherche, de technologie et d’innovation" vient de remettre un court rapport sur cette question.

Le HCST pointe des responsables. La désaffection envers les sciences c’est la faute aux instits, qui ne pratiquent pas assez les sciences expérimentales, aux conseillers d’orientation, qui ne vantent pas assez les filières scientifiques, et à l’enseignement secondaire dans son ensemble, la série S ne transmettant pas le goût des sciences mais celui de l’excellence. Je cite le rapport : "L’enseignement scolaire donne de la science une image peu enthousiasmante, avec des programmes inadaptés et une démarche pédagogique plus orientée vers la sélection que vers la formation à la pratique scientifique. Enfin les perspectives professionnelles apparaissent comme peu attractives au regard d’études longues et difficiles".

Le Haut conseil recommande que la formation continue des professeurs des écoles en sciences soit obligatoire, que les élèves soient mieux informés sur leur orientation au secondaire et que soit constituée une section donnant un poids comparable aux maths, aux sciences de la nature, aux sciences sociales et aux humanités. Pour le HCST il n’y a pas lieu de prendre de mesures spécifiques concernant la parité.

Ce petit rapport est-il à la hauteur de la mission du Haut conseil ? La question de la désaffection envers les sciences a fait l’objet de nombreux travaux. On peut citer récemment le rapport Rolland et, avant lui, les rapports Charvet et Blandin-Renard, sans parler d’une étude de l’Ocde.

Le rapport Rolland demandait le décloisonnement des disciplines scientifiques au collège, dispositif qui est d’autant plus expérimenté cette année qu’il ouvre la voie à de sensibles économies. Les rapports Charvet et Blandin-Renard préconisaient de nouvelles approches pédagogiques. "L’enseignement n’est pas assez concret" affirmait le rapport Charvet. "La mise en place des IDD est une chance à saisir. Il conviendrait de montrer le lien entre les mathématiques et les autres sciences... Il y a intérêt à essayer de croiser les disciplines, les techniques, les applications pratiques". Ces rapports mettaient ainsi l’accent sur deux phénomènes escamotés dans le document du HCST. D’une part le fait que le décrochage se situe à la jonction collège - lycée. D’autre part l’importance des représentations chez les enseignants mais aussi dans les familles pour écarter les filles des filières scientifiques. Un problème dont il est pour le moins injuste de rendre responsables la poignée de conseillers d’orientation.

Ce qui est certain c’est que la désaffection envers les sciences n’est pas universelle. En Angleterre les études supérieures scientifiques connaissent depuis deux ans un taux de croissance à deux chiffres qui montre que la courbe peut s’inverser. Un universitaire déclarait début avril à la BBC " On a réellement progressé quand on a fait des choses amusantes et pratiques avec les élèves qui venaient au cours de sciences. Les clubs et ateliers scientifiques sont aussi un facteur de cette remontée". L’Angleterre semble donner raison au rapport Charvet. Une piste qui se situe aux antipodes des orientations pédagogiques ministérielles. Pour sauver les sciences, il faut davantage d’IDD et de TPE.

LE RAPPORT

mis en ligne le mardi 10 avril 2007
par ML



  
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