Belleville : questions sur une garde à vue

Deux interventions policières, menées la semaine dernière à Paris près d’une maternelle, continuent de susciter la controverse.

Deux chinois interpellés, des parents d’élèves invectivant une patrouille et une directrice d’école en garde à vue : les opérations aux abords de l’école Rampal, dans le quartier de Belleville, à Paris, ont déclenché une bronca qui soulève trois questions.

Y a-t-il eu une chasse aux sans-papiers ? Les récentes opérations policières ciblent la délinquance générale. Depuis le début mars, le XIXe arrondissement est en tête du palmarès de la violence, avec 120 agressions générant dix séries de contrôles. Ces derniers visaient les infractions à la législation sur les stupéfiants, sur les étrangers et les armes, mais aussi les recels et coups et blessures. Lundi dernier, entre 17 heures et 19 heures, les policiers ont gardé à vue cinq suspects, dont des Égyptiens, notamment soupçonnés de vols. Une Asiatique sans-papiers a été contrôlée près de la maternelle Rampal. Puis relâchée lorsque Valérie Boukobza, directrice de l’école, et deux parents d’élèves ont assuré qu’elle était la tante d’enfants scolarisés. « Nous l’avons laissée libre par humanisme, car la directrice s’était portée garante », a confié hier Philippe Caron, patron de la police territoriale.

Le lendemain, les policiers ont déclenché une opération identique, ciblant trois bars, dont Le Petit Rampal. Ce dernier avait été fermé dix jours en janvier après des débordements pour ivresses et bagarres.

Était-il nécessaire de placer la directrice en garde à vue ? « Mesure incontournable », selon les forces de l’ordre. Neuf policiers ont lancé l’opération à 16 h 30, pensant éviter la sortie de la maternelle. Mais les vérifications d’identités ont duré 50 minutes. Seul Chen, clandestin de 57 ans, a été embarqué. Encerclés alors par une cinquantaine de militants et des parents d’élèves, les fonctionnaires ont été conspués. Un policier, l’épaule luxée, a été aspergé de white-spirit. Une autre scène est filmée sur un portable : « Vous n’avez pas honte ? Relâchez-le ! C’est un grand-père ! », lancent des parents dont certains tapent sur la voiture de patrouille. D’autres s’allongent pour bloquer le véhicule. Les policiers répliquent : « Dégagez, dégagez ! » Maria Clark, parent d’élève, a assisté aux scènes d’interpellation de lundi et mardi : « Je n’ai jamais vu la directrice agressive. S’approchant des policiers, elle applaudissait par ironie. » Éloïse Cacoccia, autre mère d’élève, l’a aperçue en train de parlementer « simplement pour essayer d’avoir des explications ».

Au nombre des trois suspects soupçonnés d’« outrages et dégradations de véhicule », la directrice de la maternelle a été convoquée vendredi dernier. « Valérie Boukobza a été placée en garde à vue de 9 h 15 à 16 h 30 : les dépositions et les confrontations sont longues pour ce type de dossier », concède-t-on à la Préfecture de police. Contestant les faits, la directrice aurait reconnu quelques « dérapages involontaires ». Dans une lettre placardée à la porte de l’école hier, Valérie Boukobza ra­conte qu’elle est accusée d’avoir traité de « connard » un policier. Ce qu’elle continue de réfuter. « Vous connaissez mon penchant pour la non-violence, j’ai donc tout nié », poursuit la directrice. Son avo- cat, Me William Bourdon, espère « qu’aucune poursuite ne sera engagée ». Nicolas Sarkozy a pour sa part déclaré que cette garde à vue n’était qu’une « décision de justice » prise par un procureur « indépendant ».

La polémique sur l’arrestation va-t-elle enfler ? Syndicats et associations de parents d’élèves, tous très remontés depuis cet événement, veulent se faire entendre. Au-delà de cette affaire particulière, c’est la politique de Nicolas Sarkozy sur les sans-papiers qui est critiquée. L’Unsa Éducation fustige les « tentatives d’intimidation à l’encontre des enseignants qui protègent les élèves sans papiers » et SOS Racisme demande que cessent « ces harcèlements policiers ».Les principaux syndicats enseignants ainsi que la FCPE, première fédération de parents d’élèves, la FSU, la CGT et le Réseau éducation sans frontières appellent à un rassemblement ce soir à 18 heures devant le rectorat de Paris.


Le Figaro du 26 mars 2007

mis en ligne le lundi 26 mars 2007
par ML



  
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