L’école, les syndicats, Bayrou : les vérités de Claude Allègre

L’ancien ministre socialiste veut réhabiliter les contrôles pour que les élèves maîtrisent les bases.

LE FIGARO. - Vous dressez un tableau alarmant du niveau des élèves.

Claude ALLÈGRE. - La baisse du niveau est une réalité. Selon les statistiques officielles, 20 % des élèves qui entrent en 6e ne savent pas lire. Je suis plus pessimiste encore : j’estime que 30 % des élèves qui entrent au collège ne lisent pas couramment. La priorité, c’est d’ap­prendre à lire et à s’exprimer ! Tout le reste découle de cela, y compris les problèmes de violence. Car des collégiens qui n’arrivent plus à suivre chahutent. Par ailleurs, le moindre exercice de mathématiques ne peut être résolu, car l’énoncé n’est tout simplement pas compris. Et, comme c’est un effort fastidieux, les jeunes ne lisent plus de livres non plus.

Tout vient de la suppression de l’examen à l’entrée en 6e. Autrefois, il fallait faire moins de cinq fautes à la dictée et résoudre trois problèmes simples de mathématiques pour passer au collège. La première mesure à prendre pour redresser la barre est de réintroduire cet examen. Cela obligerait les enseignants à se concentrer sur les fondamentaux, comme la lecture. C’est gentillet de faire des classes de neige et de visiter des usines de betteraves mais la priorité est de savoir lire, écrire et compter !

Que faire de ceux qui échouent ?

Ils redoublent. On ne jette pas à l’eau quelqu’un qui ne sait pas nager. Et arrêtons de nous focaliser sans cesse sur ceux qui échouent. Il faut s’occuper de ceux qui réussissent ! Il faut aussi cesser de faire des programmes démentiels, qui ne sont pas assimilés. Mieux vaut qu’ils soient moins ambitieux, mais appris.

La question de la carte scolaire fait débat dans la campagne.

Je suis contre sa suppression. Les familles modestes seraient les premières victimes. En revanche, il faut donner plus de moyens aux établissements des quartiers difficiles, avec des classes à petits effectifs. L’égalité, c’est la diversité !

Êtes-vous favorable aux 35 heures de présence pour les enseignants, comme le suggère Ségolène Royal ?

Imposer les 35 heures chez les profs, c’est de la folie. Contrairement aux idées reçues, le métier d’enseignant est très difficile, la tension y est importante. Croyez-moi, quand vous tenez une classe durant deux ou trois heures, vous êtes lessivé. Les enseignants n’acceptent d’exercer ce métier que parce qu’ils bénéficient de temps de repos. Mais il faudrait peut-être réfléchir à une modulation des horaires. Est-il normal qu’un prof de français fasse les mêmes heures qu’un prof de gym qui n’a pas de copies à corriger ? Ou qu’un jeune enseignant, dont les cours demandent plus de préparation, soit sollicité de la même façon qu’un prof expérimenté ?

Compte tenu du poids des syndicats, que peut faire un ministre qui voudrait réformer le système ?

La première décision à prendre est d’annoncer que le ministre de l’Éducation est nommé pour toute la durée de la législature. Cela éviterait aux syndicats de faire un chantage permanent aux manifestations et à la grève, chaque fois que le ministre prend une décision. Mais je crois plutôt que rien ne changera. On ne fera aucune réforme. Car les syndicats, au premier rang desquels le Snes, font de l’ultracorporatisme et n’ont aucun projet éducatif.

Vous avez succédé à François Bayrou. Comment jugez-vous son action au ministère de l’Éducation ?

C’était très difficile pour lui. Dès le début, il a affronté une manifestation monstre contre la réforme de la loi Falloux. Il n’avait plus le soutien du chef du gouvernement. Ensuite, il a fallu durer. En outre, le Snes de l’époque était plus virulent que celui que j’ai eu en face de moi.

Vous êtes plus indulgent avec lui qu’à l’égard de Ségolène Royal...

J’ai beaucoup critiqué François Bayrou à l’époque pour sa complaisance à l’égard des syndicats. Je suis en désaccord complet avec lui sur ce point. Mais si je diffère sur les méthodes, je n’ai pas de grandes divergences sur les objectifs en matière d’éducation. Mais vous savez, il y a aussi des points sur lesquels je suis d’accord avec Nicolas Sarkozy, notamment sur la réhabilitation du travail. En tout cas, je ne soutiens clairement pas la candidature de Ségolène Royal.

mis en ligne le samedi 10 mars 2007
par ML



  
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