Dyslexie, dysorthographie et dyscalculie - Bilan des données scientifiques

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Article Le Figaro

Une expertise collective de l’Inserm fait le point sur les troubles des apprentissages scolaires.

LIRE, écrire, compter, le b.a.-ba des acquis de l’école primaire représente un handicap quasi insurmontable pour ceux que l’on nomme dyslexiques, dysorthographiques et dyscalculiques. Des troubles très fréquents. La dyslexie touche à elle seule près de 40 000 enfants par classe d’âge et risque de les amener à l’échec scolaire si elle n’est pas détectée et traitée à temps.

Un bilan des connaissances les plus récentes (1 500 articles référencés) vient d’être rendu par l’Inserm dans une volumineuse expertise collective (842 pages) réalisée à la demande du Régime social des indépendants. Mais suite aux polémiques qui ont émaillé deux expertises précédentes, celle-ci est accompagnée d’une lecture critique faite par des associations de patients et de parents, des professionnels de l’éducation, des psychologues, orthophonistes etc.

« Les difficultés de ces enfants ne peuvent être attribuées ni à un retard intellectuel, ni à un handicap sensoriel, ni à un trouble psychiatrique avéré, préviennent les experts. Elles peuvent se rencontrer chez les enfants de tous les milieux et ce, quelle que soit la pédagogie utilisée. » Et peuvent s’associer à des anomalies de la coordination, du graphisme ou encore à une hyper­activité ou des troubles de l’attention.

Il existe bien souvent des signes précurseurs comme un langage oral mal organisé, un vocabulaire limité. Ces écoliers ne maîtrisent pas les correspondances entre les lettres ou groupes de lettres (graphèmes) et les sons de la parole (phonèmes). Mais on ne peut parler de dyslexie qu’en cas de trouble durable et persistant. « En sachant qu’il y a tout un éventail de sévérité et que seuls 10 % de l’ensemble des dyslexiques auront un handicap durable », précise Michel Habib, neuropédiatre à la Timone à Marseille.

Au chapitre de la recherche, Jean-François Demonet, chercheur Inserm et neurologue à l’hôpital de Purpan (Toulouse), insiste sur le rôle de l’imagerie cérébrale qui peut, dans certains cas, montrer une anomalie du développement d’aires spécifiques. Mais les experts restent prudents : l’expression de la dyslexie résulte à la fois de dysfonctionnements cognitifs et de l’influence de nombreux facteurs environnementaux. En particulier celui de la langue, selon que son orthographe est régulière ou pas. Les écoliers italiens ou espagnols sont moins exposés que les petits Français qui le sont infiniment moins que les enfants anglais et américains.

Petits princes des mots tordus

Mais comment faire pour mieux repérer et prendre en charge ces « petits princes des mots tordus » ? Catherine Billard, qui dirige le service de neuropédiatrie à l’hôpital de Bicêtre, cite le cas de l’expérience américaine en Floride. Avec une action préventive, très ciblée sur les enfants en difficulté de lecture au CP, mais avant le diagnostic de dyslexie. Le programme comprend une aide intensive au déchiffrement de la lecture, de trente minutes tous les jours, sur des petits groupes d’enfants. La moitié des enfants en ayant bénéficié ont pu rejoindre en quelques mois le niveau de leurs pairs.

Pourquoi ne pas calquer ce modèle préventif nord-américain après l’avoir au préalable évalué ? proposent les experts. À un stade de plus, une fois la dyslexie diagnostiquée par des professionnels rompus à cette tâche, il faut entreprendre une rééducation orthophonique « intensive à raison de deux à quatre séances par semaine » au lieu du saupoudrage actuel.

S’il est difficile aux experts de se prononcer sur les différentes méthodes proposées, ils recommandent la plus grande prudence face aux nombreuses méthodes « miracles » qui se développent à l’heure actuelle. Psychothérapeutes et pédopsychiatres ont leur place en cas de difficultés psychologiques associées. Sans oublier d’établir des liens « absolument indispensables entre les professionnels de santé et l’école » tout comme avec les parents.

mis en ligne le vendredi 16 février 2007
par ML



  
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