Difficile passage au sans tabac dans les lycées

Dans les établissements scolaires, l’interdiction de fumer à partir de demain s’accompagne de campagnes de prévention.

DIX HEURES, lycée Molière à Paris. Une centaine de lycéens se déversent à l’extérieur de l’établissement pour la pause cigarette. Ici, on accueille 1 300 élèves de la sixième à la terminale, et depuis déjà plus de sept ans, le lycée est non-fumeur. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, ce serait déjà le cas de 40 % des lycées. Ceux-là auraient depuis un an anticipé l’interdiction totale de fumer pour les élèves dans les établis­sements scolaires. Le zéro tolérance sera appliqué demain dans tous les établissements. Pas question de fumoirs adaptés, comme dans les entreprises. À Molière, les enseignants et le personnel ont d’ailleurs emboîté le pas récemment, avec la suppression de la salle des profs fumeurs début janvier.

« Pour nous, même si c’est interdit depuis longtemps à l’intérieur, comme le lycée est grand, certains fument pendant les intercours dans le jardin ou dans les toilettes », souligne Fanny, 16 ans, qui avoue fumer depuis trois ans. Ce qui est le cas de certains collégiens qui n’ont pas le droit de sortir. « Le nombre de surveillants est trop faible par rapport au nombre d’élèves », confirme, fata­liste, l’un des profs du lycée.

Il n’em­pêche, les établissements qui ont déjà franchi le pas constatent une baisse du nombre des fumeurs. Au lycée Jean-Macé, à Chauny, près de Saint-Quentin, où les élèves ne peuvent plus fumer depuis début 2003, le proviseur constate que « les fumeurs sont passés d’une centaine, sur 500 élèves, à une trentaine ».

Même constat au lycée Champollion, près de Montpellier. « Alors que 300 à 400 fumeurs se rassemblaient dans le parc dans la zone prévue à cet effet, ils ne sont plus qu’une centaine à se rendre à l’extérieur », explique Gérard Jourdan, le proviseur. Reste que la sortie des élèves n’est pas sans poser quelques problèmes. De sécurité, tout d’abord. À Saint-Sébastien-sur-Loire, dans la banlieue nantaise, le lycée Saint-Joseph de la Joliverie est situé le long d’une nationale très passante. « C’est une vraie préoccupation », confie le directeur. Même souci dans certains lycées de centres villes où les élèves débordent souvent sur la chaussée.

« Être à l’extérieur pour surveiller »

À Chauny, c’est l’augmentation du trafic de drogue qui inquiète le proviseur. « Les élèves traînent plus fréquemment dehors, ce qui attire forcément les dealers, souligne-t-il. Et nous devons être à l’extérieur pour surveiller. » Autant dire que la mise en oeuvre de la mesure risque de ne pas être évidente. En particulier dans les grands lycées. « Notre établissement accueille 2 300 élèves et nous avons sept hectares de ­terrain, note le proviseur d’un lycée de province. Cela risque d’être un peu compliqué de veiller à ce que tout le monde sorte vraiment de l’établissement pour griller sa cigarette... »

Au-delà, il ne s’agit pas seulement de bouter la cigarette hors des établissements scolaires, mais bien de faire baisser la consommation. Depuis 1999, celle-ci chute chez les adolescents. Mais elle est toujours de 25,3 % chez les 15-17 ans, selon l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé. Et elle re­monte même de manière signifi­cative chez les 18-25 ans - 48,5 % en 2006 après une baisse en 2003. Or, précisément, dans l’enseignement supérieur, la cigarette sera encore admise dans l’enceinte des campus.

« Tout bascule dès la classe de cinquième puis en quatrième », souligne le professeur Dautzenberg, pneumologue et président de l’Office français de prévention du tabagisme, qui souligne la nécessité de faire de la prévention en amont. C’est le sens de la campagne lancée par « Paris sans tabac », qui mène depuis fin 2006 des campagnes de sensibilisation pour les sixièmes des collèges parisiens, comme c’était le cas hier à Molière, où les ministres Gilles de Robien et Xavier Bertrand se sont rendus.

Les initiatives se multiplient éga­lement en province. L’académie de Montpellier, qui s’est proclamée « académie sans tabac » depuis ­sep­­tembre dernier, avec 85 % des ly­cées désormais non-fumeurs, pro­pose une aide au sevrage sous la forme de plus de six sessions individuelles de deux heures.

mis en ligne le mercredi 31 janvier 2007
par ML



  
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