Les violences racistes à l’école ont baissé de 20 %

Les violences racistes à l’école ont baissé de 20 %

Depuis trois ans, en France, l’éducation nationale a réagi à la banalisation de la violence raciste et antisémite. Avec succès

Les bonnes nouvelles font parfois peu de bruit. Durant l’année scolaire 2005-2006, les violences des élèves à motivation raciste ont diminué de 20 % par rapport à l’année précédente. Et les actes antisémites ont chuté quant à eux de 40 %.

Sur l’ensemble du territoire, le ministère de l’éducation a enregistré 276 agressions physiques racistes et 14 antisémites en 2005-2006, contre respectivement 325 et 26 cas un an plus tôt. La polémique sur le système de recensement des violences scolaires (lire La Croix du 28 novembre 2006) a étouffé cette information, parue il y a quelques jours avec la dernière livraison des statistiques du logiciel Signa.

Les chiffres sont pourtant confirmés par des observateurs qualifiés. « On assiste depuis quelque temps à un reflux incontestable de ces violences », analyse Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap). « Nous accueillons ces chiffres avec prudence mais satisfaction », réagit pour sa part Élisabeth Cohen-Tannoudji, chargée de mission au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

"Il y a eu une prise de conscience"

La ligne téléphonique mise en place par le Crif pour recueillir les signalements d’agressions antisémites confirme cette évolution. « Nous recevons un petit nombre d’appels, entre dix et quinze par an, concernant des actes graves. À chaque fois, j’appelle aussitôt les rectorats concernés et je m’aperçois qu’ils sont déjà au courant. Cela montre qu’il y a eu une prise de conscience au sein de l’éducation nationale. »

Il est vrai que le système éducatif a été sévèrement accusé de minimiser le problème. Au début des années 2000, dans un contexte de regain des tensions communautaires, plusieurs essais publiés par des enseignants dénoncent le développement de l’antisémitisme dans les banlieues, et les associations juives critiquent la passivité des pouvoirs publics. En février 2003, inquiet des conséquences d’une prochaine invasion de l’Irak, le ministre de l’éducation Luc Ferry propose un plan pour prévenir les actes racistes et antisémites. Pour la première fois, en janvier 2004, les agressions racistes ou antisémites sont enregistrées par le dispositif Signa.

« Ces manifestations ont toujours été minoritaires mais les tags antisémites ont totalement disparu », explique Ghislaine Hudson, proviseur d’un grand lycée de Seine-et-Marne. Ancien membre de la commission Stasi chargée d’une réflexion sur la laïcité, elle juge que la « réaction de fermeté de l’institution n’a pas été contestée par les élèves ».

Provocation plus qu’idéologie

Tous les éducateurs savent que les injures relèvent souvent plus de la provocation que de l’idéologie. Il n’empêche, les écoles ont mis un holà à la banalisation du vocabulaire. En 2002, alors qu’il était chef d’établissement à Paris, Gilbert Longhi a dû gérer une délicate affaire d’altercation entre élèves juifs et musulmans. « À force d’expliquer que certaines injures sont, quelles que soient les intentions de l’auteur, intrinsèquement racistes, le message finit par passer. Les insultes n’ont pas disparu, mais, quand ils les commettent, les élèves savent qu’ils transgressent un principe. »

La multiplication des programmes éducatifs, notamment en ce qui concerne l’enseignement de la Shoah, a aussi eu un effet. De la réalisation d’un DVD sur la déportation à la participation au concours de la Résistance, Élizabeth Ozenne, professeur de lettres en lycée, est engagée depuis longtemps dans toutes ces actions : « Je trouve que les élèves font aujourd’hui preuve de plus de maturité. Les familles aussi. Alors qu’il m’est arrivé dans le passé de recevoir une lettre d’une maman me demandant de laisser sa fille tranquille avec ces questions. »

Cela dit, le recul des violences antisémites s’explique aussi par le fait que des familles juives ont fui les établissements publics situés dans les quartiers populaires. L’école est rattrapée par la « ghettoïsation ». Le sociologue Sebastian Roché, spécialiste de la délinquance, rappelle ainsi que « les mécanismes de regroupement produisent des effets protecteurs. On a déjà montré comment le fait de tenir des populations pauvres à l’écart réduisait les problèmes des couches moyennes. »

La bataille pour le respect de l’autre ne fait que commencer

Ghislaine Hudson constate que si les tags racistes ont disparu, les groupes de jeunes se réfèrent de plus en plus au quartier, à la cité où ils vivent. « Sur les murs, dans leurs cahiers, les jeunes inscrivent aujourd’hui leur code postal, pour marquer leur territoire. »

La montée des incivilités, du sexisme, la violence au quotidien entre élèves fait dire à beaucoup d’éducateurs que si les dérapages racistes sont mieux maîtrisés, la bataille pour le respect de l’autre ne fait que commencer. « Étudier un texte de Primo Levi, c’est bien, mais on ne peut pas se contenter de faire du haut de gamme, estime Élisabeth Cohen-Tannoudji. Ce qui manque le plus, c’est un travail très basique sur le rejet des préjugés, des stéréotypes. »

L’institution Fénelon, l’un des rares établissements catholiques de Seine-Saint-Denis, scolarise 2 000 élèves de toutes religions, y compris deux jeunes sikhs portant turban, écartés de l’enseignement public en 2005. Et tout ce petit monde cohabite sans incident, affirme Philippe Delorme, le directeur. « La diversité n’est pas le fait de notre environnement mais d’un choix volontaire. Notre projet est d’apprendre aux enfants à vivre ensemble, à se respecter. Pour un établissement catholique, cela signifie qu’on ne demande pas aux élèves de laisser leur identité à la porte. On fait le pari de partir des différences pour mieux connaître l’autre. »

Bernard GORCE

mis en ligne le jeudi 11 janvier 2007
par ML



  
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