IVG des mineures : le Haut conseil pour une contraception gratuite

IVG des mineures : le Haut conseil pour une contraception gratuite

Le Haut conseil de la population et de la famille préconise une contraception gratuite et anonyme pour les mineures, dont quelque 13.000 ont recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) chaque année en France, dans un rapport publié mardi.

Il recommande aussi de renforcer l’information des jeunes à la sexualité, notamment dans les établissements scolaires.

Chez les filles de moins de 18 ans, trois grossesses sur cinq aboutissent à une interruption volontaire, soit 13.400 IVG en 2004 (dont 700 avant 15 ans), un chiffre qui n’a pas baissé depuis dix ans.

Il s’agit d’un "problème de santé publique et non de moralité", affirme le Haut conseil, qui souligne que l’IVG laisse des séquelles psychologiques bien plus graves chez une mineure que chez une femme, et que le recours plus tardif à l’avortement, au-delà bien souvent du délai légal, comporte plus de risques.

Dans son rapport au président de la République, le Conseil met en cause le "déficit considérable d’information à l’école", ainsi que l’accès difficile pour les mineures à la contraception préventive, qui reste payante ou remboursable sur la sécurité sociale des parents, hors des centres du planning familial.

"Aujourd’hui en France, on peut avoir la pilule du lendemain et l’IVG gratuitement mais pas la contraception", s’insurge le professeur Israël Nisand, gynécologue-obstétricien à Strasbourg, co-auteur du rapport.

Chez les jeunes, dit-il, le préservatif est certes couramment utilisé, mais souvent mal, et son efficacité n’est pas suffisante en matière de contraception, car la fécondité des très jeunes filles est élevée.

La pilule du lendemain, obtenue gratuitement et anonymement, est de plus en plus couramment utilisée par les mineures. Sur l’année scolaire 2004-2005, au moins 11.450 mineures sont venues à l’infirmerie scolaire de leur établissement pour une contraception d’urgence et des pharmaciens témoignent de plusieurs passages par semaine des mêmes jeunes filles.

Or, son efficacité n’est que de 85% lorsqu’elle est prise dans les 12 heures qui suivent le rapport, et elle tombe à 54% lorsqu’elle est prise dans les 48 heures.

La prise en charge gratuite et anonyme de la contraception, recommandée par le Haut conseil, qui permettrait également que la jeune fille bénéficie d’un suivi médical, doit s’accompagner d’une information précoce et adaptée, pour éviter, note Israël Nisand, que "le film porno ne soit la seule information sur la sexualité".

"Notre société considère encore que la sexualité des ados n’est pas normale", dit-il, "or les pays qui l’ont acceptée, comme les Pays-Bas, ont moins d’IVG de mineures que nous".

L’"exclusion", la "détresse", la "prise de risques" sont à l’origine de nombre de grossesses de jeunes mineures, mais surtout le déficit de connaissances, dit-il.

"Combien sont persuadées qu’on ne peut pas tomber enceinte au premier rapport, pendant les règles, ou si le garçon se retire, s’il n’y a pas de pénétration, que le préservatif protège totalement ...", poursuit M. Nisand.

Les objectifs de la loi du 4 juillet 2001 en matière d’éducation à la sexualité à l’école ne sont pas remplis, estime le Haut conseil qui souhaite que "cette obligation devienne effective au plus vite", en y associant le planning familial, pour que les adolescents aient un repère en dehors de l’école.

mis en ligne le mardi 5 décembre 2006
par ML



  
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