Rapport Bentolila sur l’enseignement de la grammaire

Rapport Bentolila sur l’enseignement de la grammaire

Alain Bentolila, Erik Orsenna et Dominique Desmarchelier ont remis le 29 novembre leur rapport au ministre de l’éducation nationale qui a présenté ses recommandations pour l’élaboration des nouveaux programmes du primaire et du collège.

Le désastre. "On a sacrifié inconsidérément la progression rigoureuse, seule garante d’un apprentissage efficace, en abandonnant l’articulation logique de l’apprentissage au profit de la rencontre aléatoire de textes" annonce le rapport. " Pour la grammaire, comme pour la lecture d’ailleurs, on a voulu abusivement appliquer le modèle de l’expert à l’apprenti. Ici et là on a mis la charrue avant les bœufs". "L’Education nationale ne dispose pas aujourd’hui des bons moyens pour enseigner la grammaire aux enfants... Un enseignement déstructurant, des programmes et des manuels jargonnants, qui passent à côté de leur objectif, voilà le constat que je retiens" affirme le ministre pour justifier sa réforme.

Le retour de la "leçon de grammaire".

"L’apprentissage de la grammaire doit obligatoirement avoir trois caractéristiques. Il doit être spécifique, systématique, progressif" exige le ministre. "Spécifique : cela signifie concrètement la pratique d’exercices séparés, destinés à structurer les apprentissages. Il doit être systématique : cela veut dire qu’il faut étudier les grandes lois de la grammaire. Il doit être progressif : cela signifie qu’il faut partir du plus simple pour aller au plus complexe, dans un ordre logique et programmé de classe en classe".

G. de Robien demande donc de revenir à la leçon de grammaire d’antan mais en essayant de "rendre vivant" cet enseignement. Pour le ministre elle devrait être enseignée par manipulation comme les sciences dans "la main à la pâte".

Nouveaux manuels et nouveaux horaires dès 2007.

Je demande trois choses" précise le ministre,"que dès janvier, ces orientations soient intégrées aux propositions du groupe d’experts sur la maîtrise de la langue française pour que, dès le printemps, les premiers programmes publiés en tiennent compte ; que dès que possible, je puisse adresser des instructions sur l’enseignement de la grammaire aux équipes pédagogiques, pour préciser, par exemple, le nombre d’heures qu’il faut y consacrer". Les éditeurs sont invités à préparer de nouveaux manuels pour la rentrée prochaine.

Des motivations peu solides.

"Cette terminologie a rompu les liens entre les parents et les enfants. Les parents et les grands-parents ne retrouvent plus du tout la grammaire qu’ils ont apprise. La science évolue, mais la grammaire, c’est surtout un patrimoine qu’il faut transmettre, et cette transmission se fait aussi par le biais des parents. Et chacun sait bien que le suivi des enfants par la famille est un élément important de la réussite scolaire". L’argument avancé par le ministre semble d’autant plus faible qu’aucune évaluation sérieuse du niveau des élèves en grammaire a été réalisée. Le ministre s’abrite derrière la dictée réalisée dans un IUT pour généraliser sur les lacunes des élèves, assimilant d’ailleurs orthographe et grammaire dans un raccourci saisissant.

Quoi de neuf ?

La grande nouveauté du rapport c’est essentiellement la condamnation qui est faite des pratiques des enseignants. Car il apporte peu de nouveautés réelles. Ses recommandations sont dans le prolongement des programmes actuels comme le montre Patrck Picard dans la tribune accordée au Café (voir plus bas).

La "progressivité" préconisée aboutirait à une impasse si elle s’éloignait de l’approfondissement effectué aujourd’hui par les enseignants. Le ministère précise d’ailleurs que "la grammaire de texte...ne disparaît pas. Il n’y aura pas de retour en arrière". L’horaire de grammaire devrait grosso modo correspondre à celui de l’actuelle ORL. Seules quelques appellations devraient être sacrifiées ce qui n’est d’ailleurs pas forcément inutile.

L’enseignement de la grammaire est effectivement difficile et laborieux. On voit mal comment le rapport Bentolila pourrait aider les enseignants à améliorer leurs pratiques. Tout au plus jette-il le doute chez les parents envers les enseignants.

mis en ligne le samedi 2 décembre 2006
par ML



  
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