Les causes de la dyslexie identifiées

Les causes de la dyslexie identifiées

Une étude menée sur 1.000 écoliers, dont nous publions en exclusivité les résultats, montre qu’il existe un facteur déterminant à l’origine des troubles de la lecture

Pourquoi certains élèves éprouvent-ils de si grandes difficultés dans l’apprentissage de la lecture ? Si la réponse est forcément complexe, une enquête menée à Paris sur un millier d’écoliers désigne les faibles compétences phonologiques comme principal facteur des troubles de la lecture : les enfants mauvais lecteurs n’ont pas ou ont mal acquis les règles de bases du « décodage », qui permettent de faire le lien entre un son et une syllabe.

Ces enfants sont certes plus nombreux dans les zones plus défavorisées, mais ni les conditions socioculturelles ni les conditions pédagogiques ne peuvent « rendre compte à elles seules des difficultés de lecture », analyse l’étude que s’est procurée La Croix.

Cette première enquête épidémiologique du genre (qui croise les approches médicales et sociales) a été menée par le Centre de référence sur les troubles de l’apprentissage du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), des laboratoires du CNRS, de l’Inserm, en collaboration avec l’Inspection d’académie et le service de santé scolaire de la ville.

En janvier dernier, lors de la présentation de sa circulaire sur la lecture, le ministre de l’éducation avait cité plusieurs travaux anglo-saxons portant sur les causes des troubles de l’apprentissage.

Ces enquêtes démontraient l’importance d’une phase de décodage préalable, quelles que soient les méthodes utilisées. Dans le système alphabétique, les unités sonores qui composent le mot (phonèmes) correspondent à des groupes de lettres (graphèmes).

Les retards de lecture plus importants dans les zones défavorisées

L’enfant va se constituer son fichier mental de mots nouveaux grâce à des exercices d’assemblage, de mise en correspondance des graphèmes et des phonèmes. Mais l’absence d’une étude équivalente pour la France fragilisait quelque peu la démonstration du ministre.

D’où le grand intérêt des « résultats préliminaires » de cette première enquête épidémiologique française.

Durant l’année scolaire 2005-2006, une évaluation a été menée sur le niveau de lecture, d’orthographe et de calcul d’un millier d’enfants de 20 écoles parisiennes.

Le premier volet de l’étude dresse un état des lieux : 10,7 % de ces élèves de CE1 enregistrent un retard de lecture d’un an au moins. Les établissements scolaires étaient classés dans et hors zone d’éducation prioritaire.

Selon l’étude, une différence du niveau entre un établissement « modérément défavorisé » et un établissement normal existe, mais n’est pas significative. En revanche, confirmant ce qu’avaient démontré les Anglo-Saxons, on repère un vrai décrochage dans les écoles des zones « très défavorisées ».

La deuxième partie de l’enquête porte sur les facteurs des troubles de la lecture. Les antécédents « périnataux » ou de « prématurité » sont rares chez les enfants en difficulté. Sur un même terrain médical, on remarque que les « troubles de vision » sont même moins fréquents chez les faibles lecteurs que chez les « normo-lecteurs ».

Des cas de dyslexie chez les « faibles décodeurs »

Certains enfants en difficulté ont, en revanche, un trouble modéré de l’audition. Mais, note l’étude, ces élèves ne manifestent pas de trouble important du langage oral, et leurs compétences phonologiques sont similaires à ceux de leurs camarades. Le lien n’est donc pas établi entre trouble auditif modéré et difficulté de lecture. De même, le niveau intellectuel des élèves n’est pas très différent selon qu’ils ont ou non des difficultés de lecture.

Sur le comportement des élèves, l’enquête révèle aussi que les mauvais lecteurs ne manifestent pas particulièrement de troubles de conduite en classe. Des manifestations d’anxiété ou des sentiments dépressifs sont plus fréquents chez eux, mais ils peuvent apparaître davantage comme effets que comme causes de leurs difficultés de lectures.

L’enquête relève au passage une bizarrerie dans la prise en charge des enfants : « Les élèves les plus en difficulté semblent relativement rarement rééduqués en orthophonie. » Il serait ainsi intéressant de vérifier si la progression considérable du recours aux orthophonistes, ces dernières années, a profité à ceux qui en ont le plus besoin.

Ayant ainsi écarté bien des pistes d’explication, l’étude met en avant le facteur des compétences phonologiques : ce sont les enfants « faibles décodeurs » que l’on retrouvera, en milieu de CE1, dans le groupe des lecteurs en difficulté. Si l’enquête ne permet pas d’anticiper, on peut penser que c’est au sein de ces enfants faibles décodeurs que l’on pourra ultérieurement, au niveau du CE2, détecter les cas spécifiques de dyslexie.

Un entraînement spécifique pour améliorer le décodage

Le troisième volet de l’enquête apporte de premiers résultats prometteurs pour l’avancée du débat actuel sur les apprentissages. Un entraînement spécifique pour améliorer le décodage a été proposé à des élèves sur dix semaines.

Au terme de ce délai, plus de la moitié des enfants entraînés ont progressé davantage en lecture que leurs camarades moins faibles mais non entraînés. Ce résultat encourageant pourrait prouver qu’il reste de grandes marges de progression pour la prise en charge, dans le cadre scolaire, des élèves mauvais lecteurs.

Les résultats précis de ce dernier volet de l’enquête sont en cours d’analyse. Plusieurs types d’entraînement avaient été testés, les uns portant sur des exercices de lecture, d’autres de calcul. Il s’agit maintenant de savoir si les progrès sont dus à un outil pédagogique précis ou simplement au fait qu’une démarche d’entraînement agit sur la motivation des élèves.

Dans un contexte de concurrence - parfois pédagogique, souvent commerciale - entre nouvelles méthodes ou thérapies censées garantir l’accès à la lecture, la recherche scientifique a encore beaucoup à faire.

Bernard GORCE

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ETUDE DYSLEXIE - 1.6 Mo

ETUDE DYSLEXIE

mis en ligne le mercredi 15 novembre 2006
par ML



  
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