On quitte toujours ses parents vers 21 ans

On quitte toujours ses parents vers 21 ans

Contrairement aux idées reçues, les jeunes d’aujourd’hui ne ressemblent pas plus au Tanguy du film d’Etienne Chatiliez que leurs aînés : en 2005 comme en 1965, les jeunes quittent en moyenne le domicile de leurs parents à l’âge de 21 ans. En revanche, les raisons pour lesquelles ils s’éloignent du foyer parental sont bien différentes : alors que la plupart des jeunes des années 1950 quittaient leurs parents pour vivre en couple, ceux des années 1990 suivent des études ou occupent un emploi.

Une fois partis, beaucoup d’entre eux continuent à avoir des contacts réguliers avec leurs parents. "En France, 43 % des enfants voient leur père ou leur mère chaque semaine", souligne Arnaud Régnier-Loilier dans une étude publiée par l’Institut national des études démographiques. Fondé sur une enquête réalisée à l’automne 2005 auprès de plus de 10 000 personnes âgées de 18 à 79 ans, ce travail tente de cerner les raisons qui expliquent la plus ou moins grande proximité entre un enfant devenu adulte et ses parents.

L’âge de départ du foyer joue un rôle important : les jeunes qui quittent le foyer parental tôt - ils sont aussi ceux qui s’éloignent le plus - voient moins leurs parents que les autres. Mais la taille de la fratrie compte aussi. "Plus on a de frères et soeurs, moins on voit ses parents", résume Arnaud Régnier-Loilier. Selon l’étude, 51 % des enfants uniques voient leur mère au moins une fois par semaine, contre seulement 42 % de ceux qui ont au moins trois frères et soeurs. "Cela ne traduit pas nécessairement des relations parents enfants moins intenses, mais aussi des relations moins exclusives, les parents partageant leur temps entre les différents enfants", note le document.

Quel que soit l’âge, les filles privilégient les relations avec leur mère, ce qui est moins le cas des garçons. Dans les années qui suivent leur départ du foyer parental, elles prennent peu à peu leur indépendance, mais, arrivées à l’âge de 30 ans, elles se rapprochent de leurs parents. "La remontée autour de 30 ans chez les filles correspond en partie à la naissance des enfants, souligne l’étude. Elle ravive l’entraide familiale, les parents (en particulier les mères) gardant leurs petits-enfants avant leur scolarisation." A l’âge de 50 ans, les filles voient à nouveau leurs parents plus fréquemment. "Cela traduit le fait qu’elles sont les principales pourvoyeuses d’aide pour les parents âgés, devenus plus dépendants", note le document.

Les cadres voient moins souvent leurs parents que les ouvriers, les employés ou les agriculteurs. Ce phénomène s’explique en partie par l’éloignement géographique : ils vivent, en moyenne, plus loin du domicile de leurs parents que les autres catégories socioprofessionnelles. Mais le facteur géographique n’explique pas tout : chez les personnes qui vivent à moins d’une demi-heure de chez leurs parents, 85 % des agriculteurs, 78 % des employés et 77 % des ouvriers voient leur mère chaque semaine, contre seulement 64 % des cadres.

Enfin, l’histoire familiale joue un rôle important. Lorsque le couple parental est séparé, les enfants, une fois devenus adultes, voient nettement plus souvent le parent qui avait le droit de garde. "Les relations avec le père sont particulièrement distendues lorsqu’il n’a pas été le principal pourvoyeur d’éducation, conclut Arnaud Régnier-Loilier. (...) Et lorsque l’enfance s’est déroulée en présence d’un beau-parent, les relations avec l’autre parent, quel que soit son sexe, sont quasiment inexistantes."

mis en ligne le jeudi 12 octobre 2006
par ML



  
BRÈVES

Free counter and web stats